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Campagne annuelle 2021-2022

14 novembre 2010

Lettres des frères Tanguay

michel-et-daniel

LE VOYAGE: (18 août 2010)

Bonjour, Un petit mot en attendant le vol pour Kigali au Rwanda et pour Bujumbura au Burundi ensuite. Nous sommes partis de Paris vers 6h00 et avons eu un vol parfait jusqu'à Addis-Abeba. Le ciel était couvert à notre arrivée mais, en ce moment, le soleil se lève sur le pays. Corinne Chatel, la responsable du projet est avec nous et nous faisons une très bonne équipe. Ça augure bien pour le reste du séjour en Afrique. Au contrôle, à Paris, on a dû discuter un peu pour qu'ils nous autorisent à passer tous nos bagages en cabine. Mais en argumentant poliment, nous avons réussi de telle sorte que nous n'avons pas eu à laisser de matériel. Ils ont compris et acceptent le motif d'aide humanitaire. Daniel et Michel

PREMIERE DISTRIBUTION (21 août 2010)

Mwaramutse, bonjour, Les journées sont tellement occupées que nous n’avons pas encore eu le temps de correspondre avec vous. Nous sommes partis pour la première distribution de sacs dans la région de Ngozy, dans le nord du pays, avec Jean-Claude et son épouse Médiatrice qui nous hébergent, des gens tellement sympathiques. J.Claude avait reçu de sa mère, la demande d’aider une cinquantaine d’enfants du village de Gakenke. Sa mère est décédée avant de voir le projet se réaliser. Sur la route, Claude nous expliquait que, petit enfant, il devait parfois parcourir trois kilomètres pieds nus sur les cailloux de la route. À quatre ans, quand on lui a donné sa première paire de chaussures en plastique bleu, il a passé la nuit à dormir avec. Rendus à la maison, Émelyne et Dévote nous attendaient pour accueillir les enfants. Un à un, ils sont arrivés soit avec des parents, soit avec des amis. Dévote, responsable dans le secteur pour le choix des jeunes, et Corinne ont fait l’appel pour les grouper par niveaux. Il y avait une telle ambiance dans la cour, et d’attente et de crainte… C’était la première fois que MON SAC D’ÉCOLE opérait à Gakenke. Notre émotion était évidente quand on faisait l’appel et qu’on demandait à l’enfant s’il avait réussi. Ou bien le regard fixant la terre, l’enfant répondait non… ou bien un bref regard de fierté dans l’oeil, il faisait signe que oui. Toutes celles et tous ceux qui n’avaient pas accès à la cour regardaient par-dessus la clôture ce qui se passait pour les jeunes appelés. Quand la distribution a pris fin, les enfants, levant leurs sacs à bout de bras, se sont mis à chanter des airs connus de tous. Là, ce fut un moment très intense. Au son de la mélodie, les mères et les grands-mères se sont mises à danser, les bras tendus de chaque côté et se déhanchant de façon harmonieuse. Les hommes, béats, vibraient au rythme de la fête. Un père de famille a pris la parole pour remercier et rappeler qu’après un temps de guerre comme celui qu’ils ont connu, il était plus que temps de reconstruire. Il a dit sa gratitude et celle des siens aux personnes impliquées dans le projet et au Burundi et au Canada. Sachant que tous les jeunes ne peuvent recevoir de l’aide, il a quand même insisté pour nous rappeler que nombre d’enfants n’ayant pu faire partie du projet cette année, nous espéraient pour l’an prochain. Que de loques devant nous, que de regards éteints n’étincelant que l’espace d’un moment! C’est bun beau projet, mettant à contribution des gens de Bujumbura et des collines tellement généreux et de leur temps et de toutes leurs énergies, des jeunes étudiants bénéficiaires et des gens du Canada et de la France qui ne rêvent que d’un monde plus juste pour tous. Lorsque nous avons quitté, une foule dépenaillée se pressait autour de la Toyota envoyant la main en signe de reconnaissance. Une petite anecdote avant de quitter : Médiatrice qui vit à Montréal et qui y étudie, nous racontait que les premiers jours qu’elle est arrivée chez nous, elle est allée faire des courses. Recevant ce qu’elle avait demandé, elle s’est empressée de dire MERCI. Quelle surprise pour elle de se faire répondre BIENVENUE! Elle se demanda alors comment il se faisait que ce pur étranger pouvait savoir qu’elle venait d’arriver au Québec… On a tellement ri lorsqu’elle nous a raconté cette aventure. Daniel et Michel

De la colline de Gakenke à Mubone (22, 23, 24, 25 août 2010)

Suite à notre première distribution de sacs d'école à la colline de Gakenke, nous avons été invités au mariage d'un ami de Jean-Claude. Nous arrivons à la fin de la célébration ou les mariés et les nombreux membres de leurs familles se préparent à sortir de l'église. À ce moment précis, les chanteurs de la chorale qui suivent le défilé semblent vouloir rivaliser avec la musique rythmée des danseurs Intore qui, à l'extérieur, tout panachés de leurs plumes, exécutent des mouvements d'une agilité exceptionnelle. L'Afrique sacrée s'unit à l'Afrique folklorique. Au matin du lundi 23 août, nous reprenons la préparation des sacs avant de quitter pour Buterere. Là bas, les jeunes sont moins disciplinés et le personnel de l'école nous offre une participation plutôt passive. C'est toute la différence entre la ville et la campagne. Mais les gens sont aussi pauvres sauf qu'il leur arrive plus souvent de côtoyer une certaine richesse. Mardi, préparation pour Mubone. À travers les sacs, nous cuisinons un pudding chômeur québécois à base de sirop d'érable comme dessert pour la fête qu'a organisée Jean-Claude à l'occasion du retour de sa femme, Médiatrice, auprès de leurs enfants à Montréal. Belle soirée au clair de lune avec de nombreux invités. Nous sentons que c'est un honneur et une fierté pour tous ces gens qu'on fasse la fête avec eux. C'est que depuis les dernières guerres civiles, pas beaucoup d'étrangers viennent fraterniser avec eux. Nous sommes choyés par la générosité des Burundais. Le lendemain, on doit conduire une voiture jusqu'au centre ville car J.Claude est déjà au volant du Land Cruiser qu'il doit utiliser, ce matin, pour transporter jusqu'à Mubone les sacs pleins d'effets scolaires: une douzaine de cahiers d'exercices, crayons, stylos, règle et compas de géométrie (pour les plus grands)... Regroupés par 10, c'est à deux mains qu'il faut soulever l'ensemble. Une chance que nous avons des jeunes de la fin du Secondaire tels Thatien, Bénigne, Fabrice pour aider les collaborateurs à effectuer tout ce travail. Et, dans cette organisation, les adultes burundais sont d'une efficacité impressionnante: stockage et préparation du matériel dans la maison de Duke et de Jocelyne qui assurent également, avec J.Claude, le transport des sacs et des gens. À Mubone, tout se déroule dans l'ordre. Jocelyne fait chanter les enfants qui espèrent patiemment leurs sacs. Les mères, bébé au dos et les autres enfants présents rêvent de tirer de notre visite qui un stylo, qui un cahier, qui même un petit jouet ou un vêtement pour l'un des leurs. La distribution terminée, Jeff, responsable de la sélection des enfants pour MON SAC D’ÉCOLE, nous conduit derrière les bâtiments scolaires ou quelques familles de rapatriés se sont installées. Mais quelle misère indescriptible de ces gens en loques n'ayant pour toutes richesses que leurs enfants et leurs cabanes de torchis délabrées. Des maisons... Quelques briques et beaucoup de boue séchée, une pièce au sol de sable et de poussière. La toiture étant le résultat évident d'une recherche désespérée au dépotoir de la ville. C'est là que l'on saisit bien tout le sens de MON SAC D’ÉCOLE. Michel et Daniel

LA SOURIS QUI FAIT TAIRE LES ENFANTS (25 août 2010)

On vous disait la dernière fois en parlant des maisons derrière l’école de Mubone que les toitures étaient le résultat évident d’une recherche constante au dépotoir. Le groupe des enfants de l’école de Mubone nous avait suivis jusque-là, nombreux et quémandant sans cesse un objet à rapporter à la maison. C’était la vraie cohue. J’ai donc décidé, pour calmer le groupe, de m’arrêter et de demander le silence. Me voyant sortir un mouchoir blanc, les jeunes ont été intéressés. Ils m’ont vu rouler le tissu et alors, intrigués, ils se sont tous tus surtout quand je leur ai demandé s’ils savaient ce qu’était une souris. Jeff traduisant, ils ont évidemment répondu par l’affirmative. En pliant et roulant le grand mouchoir, je leur chuchotais « CHUTT! ». Des « chutt » répétés leur mimant le sommeil de la souris. On aurait pu entendre une mouche voler. Le silence total et une curiosité toujours en éveil, les plus petits s’étirant le cou et se tenant sur la pointe des pieds. Et je fabriquais la souris. Et je répétais les « chuuuutt » Jeff a traduit : « Est-ce qu’une souris a une queue? » « Ego, oui! tous en chœur. J’ai alors tiré une pointe du mouchoir faisant apparaître sa queue puis je me suis mis à flatter délicatement la petite bête en cachant mes autres doigts qui lui donnaient du mouvement. La voyant bouger sur ma poitrine et surtout la voyant monter vers mon cou et semblant s’échapper, tous ont réagi par un cri d’étonnement, les plus vieux semblant moins effrayés que les petits et souriant avec hésitation. Mais lorsque la souris s’est excitée et a sauté dans la foule à ma droite, les enfants se sont écartés, affolés et se bousculant les uns les autres… Puis ils se sont à nouveau regroupés en riant de bon cœur. Il fallait nous en retourner, j’ai terminé en faisant disparaître la souris, tirant deux pointes ne laissant à leurs yeux que le mouchoir du début et un peu de magie dans leur quotidien sans trop de merveilleux. Michel

UNE PROMESSE EST UNE DETTE (2 septembre 2010)

Hier soir, nous avons terminé la préparation des sacs d'école qui seront distribués ultérieurement à Socarti, Nyarumanga et chez les protégés de Jocelyne. Tout ce matériel occupe présentement trois pièces de la maison de Duke et Jocelyne. Nous avons enfin nettoyé la grande salle familiale qui sert, depuis le tout début, de quartier général à "Mon Sac d'Ecole". Il faut une grande générosité et une confiance indéfectible au projet pour accepter d'être envahis ainsi pendant près d'un mois. Et les enfants de la famille, à l’exemple de leurs parents, participent activement au travail. Tous ont la ferme conviction que ce n'est que par la scolarisation des jeunes que le changement des mentalités s'effectuera. Ainsi, on espère éviter les bains de sang qu'a connus le pays dans les dernières décennies.Mais on sent toujours que la situation est encore fragile.On est resté profondément marqué et on craint toujours pour demain. Le soir venu, on doit, à plusieurs reprises, s'arrêter à des barrages de barbelés déroulés sur la route pour que les policiers vérifient nos identités et inspectent la voiture. Certains sont très zélés, un peu trop même si l'on comprend bien qu'un léger pourboire pourrait abréger ces vérifications. On veut nous protéger contre les possibles rebelles qui pourraient vouloir reprendre le métier. C'est vrai que le contraste entre le dénuement des plus démunis et l'opulence de certains pourrait expliquer de telles situations. Les gens sont, en général, mal payés. Mais il y a aussi et surtout, comme dans plusieurs pays d'Afrique ou d'ailleurs, une démocratie à développer avec le souci constant du bien-être de la population. Comment atteindre un tel objectif lorsque, à tous les échelons, la magouille semble la clé du succès? Une lueur brille toutefois et donne espoir quand on rencontre des gens plus aisés mettant à profit leur savoir, leurs biens et leur temps au service des plus indigents. C'est chez ces derniers que nous avons abouti en suivant Corinne au Burundi. On nous demande très souvent nos impressions sur le pays et ses habitants. On cherche à connaître nos réactions sur tout. Ces gens, très discrets, qui ont connu des années de guerre apprécieraient qu'on ne les mette pas tous dans la même marmite. On se taquine souvent.Ils nous disent que lorsqu'ils étaient tout petits, ils craignaient d'être dévorés par les «ABAZUNGU», les blancs. Nous leur répondons que, comme dans «Tintin au Congo», nous, on croyait qu'ils étaient pour nous faire cuire dans un grand chaudron avant de nous dévorer. Ils nous ripostent: « Nous, au moins, on ne vous mangeait tout crus. » «Allez-vous revenir au Burundi?» Question si souvent reprise... En réfléchissant à la réponse... on se rappelle cette maxime que les jeunes Kay Laura et Thatien nous répètent sans cesse: «Une Promesse est une Dette» Michel et Daniel

LES TESSONS SUR LES CLÔTURES N’EMPÊCHENT PAS LA BONTÉ DE PASSER (7 septembre 2010)

Comment faire saisir la réalité quotidienne, ici, au Burundi? Comment expliquer l’accueil si chaleureux des gens qui nous reçoivent chez eux et l’existence de ces enceintes coiffées de tessons de bouteilles ou de barbelés? Ici, on n’entre chez soi qu’en klaxonnant pour que le domestique ouvre les grandes portes d’acier ou bien, si c’est la nuit, on lui téléphone pour lui signifier qu’on arrive. Et pourtant, malgré ces hauts murs qui cachent les résidences et qui tentent de dissuader les brigands, les cours et les jardins apportent fraîcheur et calme sous les manguiers, les cocotiers, les citronniers côtoyant les corbeilles de ficus et de plantes diverses. Les habitants de classe moyenne savent bien que la ville héberge une foule de jeunes abandonnés errant dans les rues, ayant perdu toute parenté et n’ayant plus aucun repère. Ils essaient de vivre en volant les passants et ils y sont devenus maîtres, ou en cambriolant les maisons. Les guerres civiles ont tellement déchiré le tissu social de ce pays qu’on doit constamment se méfier et chez soi et sur les grandes artères du centre-ville. Comment reconstruire ce pays où tout est à refaire? Les routes, c’est déjà commencé même si ça ne va pas vite. Le plus difficile, c’est la confiance, les uns dans les autres. Et pourtant, nombreux sont ceux et celles qui nourrissent le rêve d’un pays où la paix et la prospérité seront au rendez-vous. Nombreux sont ceux et celles qui déjà travaillent en ce sens. C’est assis en Burundais, autour d’une table sous les arbres, à déguster bières Primus et brochettes de bœuf ou de chèvre qu’on découvre cette volonté de bien analyser la situation du pays et l’effort déjà mis à la réalisation de projets faisant la promotion des plus petits. C’est peut-être parce que nous, abasungus (blancs), travaillons à MON SAC D’ÉCOLE que tant de Burundais, amis de J.Claude, nous invitent presque tous les soirs à partager leurs tables. Nous sommes certains que le moindre geste posé en faveur du peuple Burundais alimente encore plus leur désir de trouver des solutions possibles aux problèmes qu’ils vivent. Nous, qui sommes issus de pays riches, avons de la difficulté à bien saisir les causes profondes qui génèrent une telle pauvreté et qui gèlent l’essor d’un peuple comme celui-ci. Et si nous sommes instruits de ces motifs, comment les aider à s’en tirer? Une chose est certaine, malgré les souffrances causées au peuple par certains Burundais eux-mêmes, il y en a tant d’autres qui sont des exemples de courage, de bravoure et de bonté. Pour certains, le dénuement ne les empêche même pas de nous accueillir avec leurs faibles moyens pour passer une après-midi du tonnerre en chantant, en rigolant et en s’amusant ensemble, enfants et adultes. Les tessons des clôtures n’empêchent jamais l’amour et le partage de s’infiltrer chez les voisins et de nourrir ce rêve de société meilleure. Daniel et Michel

NYARUMANGA – Vivre près du dépotoir (10 septembre 2010)

Départ vers 9h30 avec le taxi de Georges que nous avons déniché près de la route de macadam Car faut le dire, toutes les rues de Kibenga où nous demeurons sont en terre poussiéreuse. On est à les refaire mais ça semble lent. Rendus chez Jocelyne et Duke, nous emplissons le plus possible la camionnette réservée au commerce de « Cleaning » de J.Claude. Les sacs d’école s’y entassent mêlés aux beignets qu’on a commandés à la mère de Steve. Elle a accepté de les cuire comme gâteries aux enfants. Simon conduit la camionnette et nous suivons dans le taxi brinqueballant de Georges. Nous longeons le dépotoir sur un chemin dangereux pour tout système d’échappement. Nous sommes encore loin du petit village lorsque les enfants, de leurs yeux perçants, nous ont vu venir. Ils accourent le long des sentiers jusqu’au centre de cette agglomération de cabanes de boue, attirés par les nouveaux venus. Ça prend toute la patience du monde pour la distribution des sacs d’école prévue pour les enfants et les adolescents de ce coin. Il n’y a aucun endroit où nous installer. Tout se fait à partir du véhicule. Corinne sue à dénicher les sacs à l’intérieur du véhicule. Les mèches de cheveux lui collent au front. Elle passe les sacs à Thatien qui les relaie à Prime pour les donner à Jeff qui les remet enfin au jeune dont il a crié le prénom auquel l’élève a répondu par son nom de famille. Question de ne pas prendre Nzeyimana pour Nduwimana qui ont le même prénom. Les petits ne cessent de nous coincer contre la camionnette. On doit, à plusieurs reprises et sans trop de succès, les faire reculer. Sans cesse, ils recommencent à nous écraser contre le véhicule qui apporte les sacs. Il fait chaud, des perles de sueur brillent sur les petites têtes noires des enfants, toujours rasés de près. Les plus petits, deux trois ans, tentent de se protéger du piétinement par des efforts dignes du combat pour la vie. Et ils en sortent avec un sourire éblouissant de dents blanches. De cette masse d’enfants entourés des plus grands du village, mères, jeunes soeurs ou jeunes frères, bébé au dos, femme tenant un parasol dont les baleines risquent de nous crever les yeux mais qui cherchent à contrer la chaleur du soleil de midi, hommes aux regards sévères vérifiant qui aura quoi, grands adolescents moqueurs et jeunes filles à l’allure fière étudiant les possibilités qu’offre la scène, les dames plus âgées vaquant à leurs besognes près des cases qui nous encadrent…de cette masse de gens en loques lève une odeur, mais une odeur de déchets brûlés du dépotoir où ils passent une partie de leur vie à jouer ou à chercher, en grattant les immondices, un reste récupérable. Et ces déchets proviennent surtout de la grande ville. Imaginons tout ce qui peut s’y trouver. La distribution des sacs terminée, Jeff, pour mieux contrôler la situation, exige que tous se placent en un très grand cercle, à plusieurs rangées selon leurs grandeurs, des tout-petits aux adultes. Puis nous partageons avec tout le village ces fameux beignets (muffins) cuits les jours précédents. Pauvre dame qui nous les a préparés, elle a du être imprégné pendant plusieurs jours de l’huile qui les a frits. Imaginez un peu autant de gens grignotant en même temps chacun son beignet. Un millier en tout. Fatigués et déshydratés par ces quatre heures de travail ardu dans la chaleur du moment, comment mieux récupérer qu’en allant sur la route déguster grosses bières ou Fanta fraîches après s’être lavés au Purel ! Michel et Daniel

DE BUJUMBURA À RUYIGI QUEL VOYAGE! (10 & 11, 12 septembre 2010)

Vers 16 heures, nous partons avec Duke, Jocelyne et sa sœur Lina vers la ville de leurs parents, Ruyigi. C’est un endroit que nous voulions visiter et nos amis en profitent pour livrer des sacs d’école dans la région. Nous savons bien qu’ils le font beaucoup pour nous et nous les en remercions. En quittant Bujumbura, nous montons vers la crête Congo-Nil en passant d’abord a Bugarama, ville de produits maraîchers étalés le long du chemin et halte pour les gens qui veulent déguster brochettes de bœuf ou de chèvre avec bière ou Fanta. Nous, nous poursuivons notre route sur les hauteurs, jetant à droite et à gauche un coup d’œil sur les vallées humides où la population cultive la patate douce, le haricot, les oignons et le blé qui serviront à l’alimentation locale. Le damier vert foncé, vert pâle, entouré des terrasses de thé, vert jaune contraste avec, au loin, les grands eucalyptus bleu argent qui se balancent au vent. Du haut des montagnes, on dirait une œuvre d’art toujours belle à regarder. Soudain, nous remarquons à droite, que l’eau a envahi la vallée anéantissant les efforts et le travail des paysans et les privant des revenus nécessaires à leur survie. À mesure qu’on avance, la boue a remplacé les champs de culture. Au loin sur la route de macadam, il y a attroupement de personnes qui vivent dans la région ou de voyageurs qui ont quitté leurs véhicules, ne pouvant plus avancer. Tout le monde est un peu énervé. Un barrage a dû céder sous la force des pluies abondantes qu’on connaît depuis quelques jours et un torrent traverse la chaussée sur une distance de plus de cent mètres. Personne ne passe et on rapporte qu’un cycliste a été emporté par le courant. On lit l’inquiétude et l’hésitation sur tous les regards. Le bruit de l’eau et les échanges verbaux traduisent un état d’urgence. Les motocyclettes et des voitures retournent d’où elles sont venues, les conducteurs craignant la force du courant. Les trois hommes de notre Toyota étudient la situation et nous estimons qu’en étant prudent, on peut traverser. Nous le disons au propriétaire d’une Prado. Il nous regarde en riant : « Je suppose que vous souhaitez que je me risque afin de nous prendre en photo quand la voiture glissera dans la boue. » Enfin, Duke décide d’y aller et tout se déroule très bien convainquant les autres 4X4 de nous suivre. L’autre côté, les voitures sont arrêtées de travers nous obligeant de zigzaguer entre elles, certains conducteurs partis sur la colline pour essayer de voir ce qui est advenu du malheureux cycliste. Quant à nous, nous sommes heureux de ne pas avoir à faire demi-tour. Nous poursuivons allègrement notre route passant de nombreux villages et toujours accompagnés de ces longues files de paysans qui cheminent en bordure du chemin, montant les côtes, leurs bicyclettes parfois tellement chargées que les hommes doivent avancer le corps ruisselant et penchés sur le vélo alors que celui-ci est appuyé contre eux permettant ainsi un équilibre précaire. Les charges qu’ils transportent sont inimaginables. Quand ils dévalent les côtes, il arrive que l’un des cinq gros sacs de charbon s’ouvre et laisse tomber le précieux produit. Essayez d’imaginer l’effort qu’il faut pour freiner afin d’éviter le pire. La route étincelle toujours des milles couleurs des vêtements que portent les femmes : des pagnes jaunes, verts, bleus royal, orange. Et nous filons vers Gitega. Plus loin, alors que la nuit s’est installée, nous empruntons la route nationale 13 en direction de Ruyigi, notre destination. Non pas une route de nids-de-poule, mais plutôt de nids d’autruches ou d’éléphants. Ça n’a pas de bon sens. Le macadam est devenu rouge de toute la terre sortie de ces nombreux trous. Il faut beaucoup d’adresse même si souvent nous ne pouvons rouler à plus de vingt kilomètres à l’heure. Duke nous avait avertis en partant que ce serait une gymnastique toute spéciale pour arriver à bon port…. Halte! Dans la région de Butaganzwa, nous sommes bloqués par un petit convoi fermé par un camion dans la boîte duquel un milicien bien armé scrute la route et surtout les falaises de chaque côté de la route. Dans notre voiture, les corps se redressent sur les banquettes, les regards sont inquiets et Daniel sent la main de Jocelyne lui serrer le bras. Il est évident que nos amis Burundais revivent ce soir les moments pénibles qui ont décimé leurs familles ou celles de leurs amis et qui ont engendré tant de souffrances et de cauchemars. Ça ne peut pas disparaître, ce fut trop pénible et c’est encore présent. Même nous qui n’avons pas connu ces épisodes, nous regardons devant en essayant de tout surveiller. Nous ressentons et partageons l’inquiétude. Dans le halo des phares qui s’amenuise au loin sur la route, la marche lente et en une rangée d’environ dix fantassins dont nous ne percevons que les jambes, nous oblige pendant quarante minutes à avancer au rythme de leurs recherches. Arrêt, départ… Arrêt plus long, regards à gauche et à droite cherchant le moindre indice… Puis on avance à nouveau. Sur les falaises autour de nous, les gens du coin cherchent à comprendre ce qui est arrivé. Mais qu’est-il arrivé? Ça semble grave. Les échanges dans l’auto se résument à quelques mots, occupés que nous sommes à scruter la nuit. On dit que quand les gens se tiennent le long de la route, le pire est passé. Sinon, les personnes se terrent dans leurs maisons. Enfin, les miliciens nous laissent partir à notre vitesse, mais nous demeurons toujours soucieux de savoir ce qui s’est déroulé ici. Arrivés à Ruyigi dans la soirée, nous rencontrons Balthazar de la Radio Publique Africaine qui nous apprend qu’il y a eu tirs et qu’il y aurait un blessé. Le lendemain, nous allons visiter l’œuvre de Maggy en faveur des orphelins de guerre. Entre autres, elle a fait construire un hôpital, l’hôpital Mera où nous croisons par hasard le blessé en question traîné sur une civière en compagnie de sa famille. Lina le reconnaît, ils étaient ensemble à l’école primaire. C’est en sortant de l’hôpital que Jocelyne rencontre le frère de la victime qui lui relate les événements. Le chauffeur se dirigeait vers Ruyigi en ralentissant à chaque trou comme nous. Il aurait été sommé d’arrêter par un individu portant torche électrique et machette. Le conducteur a posé le seul geste susceptible de sauver les occupants. Il accélère en zigzaguant. Plus loin, un homme embusqué est sorti sur la route et s’est mis à tirer dans les pneus et sur l’auto ne blessant à l’épaule que l’homme au volant. Avant d’aller à l’hôpital cet après-midi là, nous avions rendu visite à une femme extraordinaire qui, en 1972, avait dû quitter le Burundi pour se réfugier au Rwanda puis au Congo. Elles avaient dû revenir chez elle à cause de la maladie alors que les autres de la famille avaient été obligés de rejoindre la Tanzanie. C’est en échangeant avec Imelda, cette sage, que nous comprenons combien les hommes et les femmes de ce pays rêvent de paix et de sérénité alors que traînent dans le pays des brigands de grands chemins ou des fous rêvant de pouvoir. Ne vous en faites pas, nous avons terminé nos courses à l’intérieur du pays où de telles folies peuvent se passer. Dans cinq jours nous serons parmi vous, apportant avec nous la richesse inouïe des amitiés que nous avons eu le bonheur de tisser. Daniel et Michel

AH! … RUVUMU! (13 & 14 septembre 2010)

Depuis 9 heures qu'on attend chauffeur et 4 X 4. Une heure trente plus tard, ils sont enfin là. Nous nous rendons chez Duke et Jocelyne pour prendre tous les cahiers, crayons et autres articles scolaires prévus pour Ruvumu, le village de Seth, professeur et collaborateur. Corinne va à la B.C.B. (Banque de Crédit du Burundi) ou travaille Jocelyne afin de retirer l'argent nécessaire aux collaborateurs du projet. Au retour, le véhicule ne démarre plus. Comme on dit chez nous "la batterie est à terre" . On doit "booste"r le vieux Mercedes 4X4 à partir de la camionnette du" Burundi Cleaning Services", propriété de J.Claude. Une fois le démarrage possible, nous allons faire le plein de gasoil (diesel) et pouvons enfin nous engager, vers midi, sur la RN7. Yahaya, notre chauffeur musulman, conduit comme un pro. Nous nous rendons à la Source du Nil. Dans cette région, sont nés les trois premiers présidents du Burundi: Micombero, Bagaza e tBuyoya. Ils proviennent tous les trois du même coin et ont vécu à quelques kilomètres de distance l'un de l'autre. Arrivés à la Source du Nil, non loin de la Faille des Allemands, notre jeune guide, Claude, nous explique que nous nous trouvons, si nous suivons le cours d'eau, à 6 735 kilomètres de la Méditerranée ou aboutit ce légendaire fleuve. Un simple filet d'eau coule d'un tuyau plante dans un gros rocher. C'est ici qu'ont aboutit plusieurs explorateurs a la recherche de l'origine la plus lointaine du fleuve nourricier de l'Égypte. Je m'y lave le visage, prends quelques photos dont celles des curieux et du jeune Floris qui nous suivent depuis notre arrivée. Rebroussant notre chemin, nous faisons une halte au marché de Bamba. C'est l'événement de la journée: les gens, adultes comme enfants nous regardent d'abord de loin et s'approchent peu a peu. Si on se tourne pour les saluer, ils se mettent à crier et à s'enfuir en riant exagérément. Toute activité a soudainement cessé. Le marché est totalement gelé. Mais comme leurs attitudes et les couleurs vives de leurs vêtements sont fascinantes! Ils nous font presque chuter et cherchent à me caresser le poil des bras... C'est un arrêt dans le temps, un moment d'une intensité assez rare. On arrive à Ruvumu vers 17 heures. Les gens nous attendent depuis longtemps. Après les salutations d'usage au chef de quartier, au pasteur, au directeur d'école, à la parenté et aux amis de Seth, notre hôte, les adolescentes, au rythme d'un tambour et d'un sifflet, exécutent danses et chansons en notre honneur. Elles nous remercient, au nom de tout le village, pour notre venue et pour notre aide au projet de Seth et de son frère Berchmans qui, lui, vit dans la région de la Gatineau. Ils ont, avec l'aide des villageois, construit une très belle école, à plusieurs modules, pour les 600 élèves de leur région. Les briques sont fabriquées à environ 10 minutes de marche de l'école. Elles sont transportées, une fois cuites, à dos d'hommes ou sur la tête des femmes. Tout cela bénévolement comme étant leur collaboration personnelle à la Fondation. Le soir venu, nous nous rassemblons dans la maison de Seth et de sa femme Mediatrice pour les discours d'usage: pasteur, directeur, professeurs et autres. Nous sommes nombreux autour d'une longue tablée. Progressivement, certains se retirent car il fait nuit noire et qu'ils ont un bon bout de chemin avant d'entrer chacun chez soi. Puis c'est le repas du soir que nos hôtes ont voulu hors de l'ordinaire: bananes cuites, haricots, boeuf en sauce, spaghetti, pommes de terre et un bon thé sucré au lait de la vache de Seth. Oh surprise! Vers neuf heures, on toque à la porte. Deux policiers, mitraillette à la main, viennent compléter la tablée. Seth leur avait demandé de venir assurer notre protection pour la nuit. Des blancs dans la région, c'est pas monnaie courante. Michel et Daniel

La forêt… reviendra-t-elle?

La forêt, pour nous, c’est toujours l’aventure bienvenue. C’est la liberté qui nous fait nous évader des contraintes quotidiennes. C’est si beau! Et ici, au Burundi? Quand on pénètre à l’intérieur du pays, quand on parcourt les collines, les arbres ont été coupés à la hache, les arbrisseaux arrachés. Souvent on a mis le feu à des montagnes complètes ne laissant que les troncs calcinés des grands pins ou des feuillus majestueux. On coupera progressivement ces squelettes noircis pour faire du charbon de bois ou encore pour chauffer les masses de briques à cuire. Mais au fond, il faut le dire, la forêt, c’est le danger. Autant utiliser le bois à des fins utiles. Quand la forêt cache les rebelles… quand les hommes en sortent la nuit pour tuer ou pour venir voler le bétail, quand il est toujours dangereux de s’y promener, le jour, sans être accompagnés de miliciens pour assurer une certaine sécurité, la forêt, il faut l’abattre. Il faut la brûler, empêchant quiconque de s’y cacher. Encore aujourd’hui, on tue dans la Réserve de la Rusizi. Dans une autre réserve encore près de Bujumbura, on règle des comptes, on élimine des hommes. On menace et on tire sur la route de Ruyigi. Et le gouvernement s’entête à ne pas reconnaître là les signes de la rébellion qui menace. Des hommes disparaissent, on le tait. Il ne s’agit plus de camps Hutus et Tutsis, les uns et les autres s’entendent pour dire que les dernières élections ont fait surgir encore plus d’opposants à un régime qui s’impose et qui n’a de souci que pour l’image qu’il veut se donner. Il faut aller à la base rencontrer le peuple, souscrire à ses demandes, répondre à ses besoins essentiels et permettre ainsi l’essor d’un pays et l’épanouissement d’un peuple qui cherche à grandir dans la paix. Alors, peut-être, la forêt sera-t-elle à nouveau respectée attirant qui veut s’y reposer en toute sécurité et s’émerveiller de ce que la nature offre de plus beau. Nombreux sont ceux et celles qui rêvent de ces jours meilleurs. Ô Burundi! Quand donc ton peuple et tes chefs avanceront-ils main dans la main? Quand retrouveras-tu l’atmosphère sereine que la plupart des Burundais rêvent de reconstruire? Ils sont nombreux et nombreuses, ces hommes et ces femmes qui arpentent le pays, les grandes villes et les villages des collines, cherchant sans cesse à aider et à supporter les moins fortunés abandonnés des instances publiques. Ô Burundi! Quand les intérêts individuels n’écraseront plus le bien-être de tous et chacun, ta forêt sera de nouveau accessible. Les arbres y tendront normalement les bras pour mieux accueillir les oiseaux et pour mieux protéger les marcheurs du chaud soleil ou de la forte pluie. Cette odeur de brûlé, de suie à l’odeur âcre qui prend à la gorge disparaîtra au profit du parfum des différentes essences d’arbres, des palmiers fouettant l’air de ses imposantes branches, les jacarandas fleurissant de violet les bords de la forêt, des arbrisseaux variés abritant une faune qui comme les êtres humains, a dû fuir et qui ne revient pas encore malgré le bleu cendré de tes eucalyptus. Ô Burundi! Pays appelé à tant de grandeur et déjà habité de tant de beauté qui se terre, qui doit se taire, permets-nous de rêver avec toi espérant le réveil et la liberté! Daniel et Michel 18 septembre 2010 C’est ici, à Paris, attendant notre dernier vol, que s’achève ce merveilleux séjour en Afrique. Merci à tous ceux et celles que nous avons rencontrés et qui nous ont permis d’entrer vraiment dans leur pays. Merci aussi à Corinne qui a bien voulu que nous l’accompagnions. À bientôt! Daniel et Michel